L’une des conséquences les plus épineuses du Brexit est sans aucun doute la difficulté à gérer la question nord irlandaise. Cette province britannique fut comme chacun sait le théâtre de nombreuses violences entre la majorité protestante attachée à la couronne et la minorité catholique favorable à un rattachement à l’Irlande. Durant les trente années que durèrent cette guerre civile près de 3.500 personnes perdirent la vie. Le conflit s’acheva en avril 1998 grâce aux accords du Vendredi Saint. Avec le Brexit le risque existait du retour d’une frontière matérielle entre les deux Irlande ce qui entrait en contradiction avec l’esprit des accords de paix ce qui pouvait laisser craindre une résurgence du conflit à plus ou moins brève échéance. Pour éviter le retour de la guerre en Europe occidentale il fallait trouver une solution. Il est vite apparut aux négociateurs qu’il n’existait pas une bonne solution mais uniquement des mauvaises. À charge pour eux de trouver la moins pire. J’ai la faiblesse de penser que c’est ce qu’on réussi à faire les instances bruxelloises et britanniques.

En dépit du Brexit, l’Irlande du Nord bénéficie toujours du marché unique et de l’union douanière dont elle est tenue de suivre les règles même si elle n’est plus membre de l’Union européenne. Cela a pour conséquence de déplacer la frontière entre l’UE et le Royaume uni en mer d’Irlande et non pas entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande (l’Eire). Bien que l’Irlande du Nord fasse toujours partie intégrante du Royaume uni, ce déplacement de la frontière pour les loyalistes protestants préfigure un abandon de Londres et une future réunification de l’île. Je pense qu’ils ont raison. Je pense que Bruxelles et Londres, même si évidemment ils disent le contraire, savent qu’ils ont raison. Dans cette histoire l’important est de gagner du temps afin de désamorcer progressivement les tensions et de préparer les esprits à l’inéluctable. Cela sera long, difficile, dangereux. Mais l’accord signé par Boris Johnson et les Européens, aussi imparfait qu’il puisse être, est le moins mauvais possible. Ce chemin étroit est le seul permettant d’éviter la reprise d’un conflit fratricide dont personne ne veut à part les extrémistes des deux camps.

Dans ces conditions il est important de soutenir cet accord ainsi que les signataires de cet accord. À ce sujet je ne peux que déplorer l’attitude irresponsable des médias français qui se sont empressés de rejeter sur Boris Johnson et le Brexit la responsabilité de la reprise des violences en Irlande du Nord. Tout cela parce que nos médias n’ont toujours pas pardonné au Premier ministre britannique, présenté comme un populiste, un « bébé Trump » ou un affreux conservateur, d’avoir fait campagne en faveur du Brexit. Cela n’est pas à la hauteur des enjeux, cela est indigne, mesquin. Cet accord est un accord européen. C’est un accord pour la paix. C’est en présentant un front uni que nous pourrons décourager les extrémistes de s’engouffrer dans des failles. Il est de la responsabilité de tous les acteurs d’assumer et de défendre cet accord. Et cela vaut pour Boris Johnson qui, devant les violences, a cru bon de surseoir à son application. Assurément un mauvais signe.

Laurent Dayona.