2021 marquera le départ de la chancelière allemande Angela Merkel. Cela sera une très bonne nouvelle. Il est possible que sa ligne idéologique perdure. Mais le départ de la chancellerie de celle qui aura ouvert l’Europe à toutes les migrations et voulu imposer à tous les pays européens son délire mortifère d’accueil des migrants devra être accueilli pour ce qu’il est : un soulagement pour tous les identitaires européens. Il y a cependant un élément de sa politique étrangère que son successeur serait avisé de poursuivre et même de développer, sa politique énergétique favorable vis-à-vis de la Russie. En dépit des nombreuses pressions de l’administration Trump, qui n’en doutons pas une seconde seront reprises et amplifiées par celle de Joe Biden, la chancelière allemande a toujours su résister jusqu’à présent à la volonté des Etats-Unis de stopper le projet Nord Stream 2. 

Ce dernier est un gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique. Il doit doubler la capacité de transport du gaz du gazoduc Nord Stream 1 qui est en service depuis 2012. Dès l’annonce de ce projet les Etats-Unis n’ont eu qu’une seule idée en tête, le torpiller. En décembre 2019, le président américain Donald Trump n’avait pas hésité à promulguer une loi imposant des sanctions contre les entreprises associées à la construction de Nord Stream 2 ce qui avait conduit l’entreprise suisse Allseas, chargée de poser des tuyaux au fond de la mer Baltique, de se retirer du projet ce qui avait eu pour effet de le ralentir sans toutefois parvenir à le stopper complètement.

Il y a cependant une différence de taille entre les républicains, singulièrement Donald Trump, et les démocrates dans leur opposition à ce projet. Si les deux partis évoquent, sans rire, leur crainte de voir s’accroître la dépendance des Européens au gaz russe et renforcer ainsi l’influence de Moscou, les républicains sont davantage portés sur l’aspect économique qui consiste à privilégier la vente à l’Europe de son gaz non-conventionnel rendu possible par le développement de l’industrie du gaz de schiste, alors que les démocrates sont plutôt portés sur l’aspect géopolitique qui consiste à empêcher tout rapprochement entre Moscou et Bruxelles afin de maintenir l’Europe sous la vassalité stratégique de l’Amérique. Cette dernière peut malheureusement s’appuyer sur des nations comme la Pologne traditionnellement hostile à la Russie, l’Ukraine que le tracé de Nord Stream 2 contourne lui faisant perdre ainsi tout moyen de pression sur Moscou ou la Suède et le Danemark qui voient d’un mauvais œil le développement de la puissance russe dans la mer Baltique.

C’est là que la position de la chancelière Angela Merkel doit être particulièrement saluée. Son intérêt pour le projet est double. Environnemental tout d’abord car la combustion de gaz naturel devrait permettre de réduire de 50% les émissions de CO2. Stratégique ensuite puisque contrairement aux affirmations ridicules de Washington, « la sécurité énergétique de l’Europe s’en trouverait au contraire renforcée avec une route d’approvisionnement supplémentaire, directe et plus sûre que le gaz naturel liquéfié (GNL) américain, trop soumis aux marchés — tandis qu’un gazoduc créerait nécessairement une relation commercialo-politique de très long terme et une réalité d’interdépendance entre le pays producteur et son client » (*). 

C’est pourquoi la chancelière a tenu à renouveler cette semaine son attachement au projet Nord Stream 2 alors que l’administration Biden venait de s’installer à la Maison Blanche. Si sa détermination avait semblé vaciller l’été dernier à la suite de l’empoisonnement de l’opposant Alexei Navalny, attribué à tort ou à raison au Kremlin, elle a tenu à préciser les choses : « je dis aujourd’hui que … mon attitude de base n’a pas encore changé de telle manière que je dirais que le projet ne devrait pas avoir lieu. Nous parlerons bien sûr avec la nouvelle administration américaine. Mais nous devons également parler dans les relations économiques avec la Russie de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas dans le secteur du gaz. Et ce n’est pas comme s’il n’y avait absolument aucune relation commerciale entre les États-Unis d’Amérique et la Russie dans le secteur pétrolier, par exemple ». Souhaitons pour l’indépendance de l’Europe que ce qui pourrait apparaître comme le seul élément positif de son long passage à la chancellerie ne soit pas balayé dans les tous derniers mois de son mandat.

Laurent Dayona

(*) in https://www.telos-eu.com/fr/economie/nord-stream-2-gaz-climat-et-sanctions-americaines.html

NB : il est pitoyable que certains élus conservateurs allemands s’empressent de passer sous les fourches caudines de la nouvelle administration américaine en réclamant que la menace d’arrêt du gazoduc Nord Stream 2 reste sur la table à la faveur des arrestations des milliers de partisans d’Alexei Navalny durant ce week-end en Russie. C’est notamment le cas de Manfred Weber qui est le chef du groupe PPE au Parlement européen. L’histoire finira par juger sévèrement ces individus qui sont prêts à sacrifier les intérêts géopolitiques de notre continent pour favoriser ceux d’une puissance étrangère.