Si l’Europe était une puissance unie de l’Islande à Vladivostok, comme je le souhaite, l’un des principaux axes de sa politique étrangère serait de nouer des relations étroites avec l’Iran et l’Inde. Malheureusement l’Europe n’est qu’un assemblage de nation désunies et veules qui préfèrent s’en remettre à une puissance étrangères, les Etats-Unis, pour assurer sa défense et fixer les grandes lignes de sa diplomatie. Par conséquent, Washington et l’Iran étant des capitales ennemies depuis 1979, l’Europe a emboîté le pas des Américains et à fait de Téhéran un adversaire. Que l’on s’entende bien. Je n’ai aucune admiration ni sympathie pour la République islamique d’Iran. C’est même tout le contraire. Mais en matière de politique étrangère une puissance européenne devrait se garder de faire de la morale et ne penser qu’à la défense de ses intérêts. 

Ces derniers militent pour une alliance stratégique entre Bruxelles et Téhéran. Tout d’abord le régime islamique ne sera pas éternel, la Perse oui. Ensuite, les chiites iraniens ne représentent aucun danger pour les Européens. Sont-ce des chiites qui multiplient les attentats islamistes en Europe depuis 2012 ? Non. Est-ce l’Iran qui finance les frères musulmans installés en Europe, les mosquées salafistes ou les associations islamistes ? Non. Enfin, nouer un véritable partenariat stratégique et économique avec l’Iran permettrait à l’Europe de mettre sur pied une alliance de revers redoutable à l’encontre de ses principaux ennemis (Turquie, Azerbaïdjan, Qatar). Si vis pacem, para bellum. Cette alliance résonnerait comme un sérieux avertissement dans toutes les capitales du moyen orient qui ont une fâcheuse tendance ces dernières années à piétiner les intérêts européens. Suivez mon regard….

Bien entendu nous sommes actuellement très loin de pouvoir atteindre cet objectif. Mais l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche pourrait s’avérer positif. Au moins sur ce point précis. À défaut d’avoir le courage de s’opposer frontalement aux Etats-Unis sur la question iranienne, les États européens pourraient avoir la bonne surprise de voir Washington rompre avec la politique d’hostilité aveugle de Donald Trump. Une reprise des négociations entre Téhéran et Washington ne semble pas une folle utopie. Et pourquoi ne pas envisager la signature d’un nouveau traité ? Paradoxalement, l’Europe pourrait voir ses intérêts géopolitiques renforcés sans même y être pour quelque chose. Agaçant, frustrant, humiliant sans aucun doute, mais faute de grives….

Laurent Dayona