En octobre dernier le gouvernement suédois a été le premier au sein de l’Union européenne à exclure l’entreprise chinoise Huawei, pour des raisons de sécurité nationale, de la quasi-totalité de l’infrastructure nécessaire pour faire fonctionner son réseau 5G. Ce choix courageux et intelligent a provoqué la colère de Pékin qui a immédiatement menacé Stockholm en prévenant que ce choix pourrait avoir des «conséquences» pour les entreprises suédoises en Chine. Que la dictature chinoise manie l’arme du chantage n’est ni une surprise, ni une nouveauté. Si on se place du côté chinois on peut même se dire que cela est de bonne guerre. En revanche, il est absolument inadmissible que cette pratique soit utilisée par Börje Ekholm, dirigeant du groupe télécom suédois Ericsson. Si il est légitime que ce patron s’inquiète d’éventuelles représailles de la part de Pékin qui pourrait s’en prendre à ses activités dans le pays, ses propos ressemblent fort à un chantage à peine voilé à l’encontre du gouvernement suédois et s’apparentent ni plus ni moins qu’à une trahison. Dans une interview le patron d’Ericsson, si il a démenti toute volonté de quitter le pays, a néanmoins critiqué la décision du gouvernement suédois en ces termes : « Notre âme est en Suède, c’est la base d’Ericsson. Mais si la Suède ne soutient pas le libre échange c’est une complication pour nous. Nous faisons 99% de notre chiffre d’affaires hors de Suède ». Même démenti, on peut lire entre les lignes que le chantage d’une délocalisation est agité à mots couverts. De surcroît ce patron défend un libre échange déséquilibré et inégalitaire  entre son pays démocratique et une dictature sans foi ni loi au détriment des intérêts de sa nation et de ses concitoyens. À l’heure où les GAFA s’arrogent le droit de décider qui peut s’exprimer sur leurs réseaux en fonction de critères à géométrie très variable, piétinant la liberté d’expression la plus élémentaire, il devient urgent pour les autorités légitimement élues de ne pas céder aux menaces de ces multinationales qui confondent trop souvent leurs intérêts personnels avec ceux de la collectivité nationale.

Laurent Dayona