La guerre au Haut-Karabakh vient de prendre fin. Il s’agit incontestablement d’une victoire pour Bakou et pour son dictateur qui dirige ce pays d’une poigne de fer. Le président azerbaïdjanais Ilhan Aliyev a non seulement récupéré la province rebelle en lui refusant toute autonomie où tout statut spécial (*) mais il a également obtenu qu’un corridor soit construit permettant de relier l’enclave azéri du Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan à travers l’Arménie (voir la carte). Ce faisant, il s’agit également d’une grande victoire stratégique pour Recep Tayyip Erdogan qui permet à la Turquie d’obtenir un passage direct vers l’Azerbaïdjan et les républiques turcophones d’Asie centrale. Le sultan d’Ankara poursuit méthodiquement la renaissance de l’influence ottomane. Soyons certains que ce succès ne fera que renforcer son appétit. Les Européens risquent de s’en apercevoir à leurs dépens. 

Certains blâment la Russie de ne pas être intervenue militairement pour soutenir les soldats arméniens. Le Kremlin n’a pas voulu soutenir le Premier ministre arménien Nikol Pashinian qu’elle considère comme un opposant à Moscou. Ce faisant, la défaite militaire de l’Arménie fragilise la position du Premier ministre à Erevan et on peut raisonnablement penser que son avenir politique s’est considérablement obscurci ce qui ne pourra que réjouir Vladimir Poutine. Si on peut regretter que le cynisme ai prévalu à Moscou, la Russie est cependant intervenue pour mettre fin à l’offensive de Bakou devant le risque d’un effondrement total des défenses arméniennes et pour empêcher d’éventuels massacres à l’encontre de la population arménienne. En garantissant durant 5 ans une présence militaire russe de 2000 soldats pour maintenir le corridor de Larchin reliant l’Arménie à la capitale du Haut-Karabakh, Stepanakert, Moscou a permis aux Arméniens de sauver ce qui pouvait l’être. Et en obtenant de la Turquie et de l’Azerbaïdjan la fin du blocus économique contre Erevan, Vladimir Poutine apparaît comme soucieux de soulager les difficultés de la population arménienne escomptant ainsi renforcer sa popularité aussi bien dans son pays qu’en Arménie.

L’Union européenne quant à elle aura été en dessous de tout. Aucun pays européen n’apportant la moindre aide aux Arméniens. Que cela soit sur un plan diplomatique, économique et encore moins militaire. Je parle ici de livraisons d’armes et non d’une intervention directe. Pire, un pays comme la France, qui se prétend pourtant comme l’amie indéfectible des Arméniens aura même proposé, par l’intermédiaire de son ambassadeur à Bakou, Zacharie Gross, d’apporter « une assistance médicale d’urgence aux services de santé de la République d’Azerbaïdjan, afin de soulager les souffrances des victimes ». Avouez que si l’on se place du point de vue des Arméniens avec de tels amis on n’a nul besoin d’ennemis. Mais faut-il s’en étonner ? Cela fait maintenant des décennies que la République française nous a habitué à trahir ses meilleurs alliés. Hier les chrétiens libanais, les Serbes et maintenant les Arméniens. 

Mais la principale leçon que nous aura apporté cette guerre dans le Haut-Karabakh c’est que la force paie. Les Européens feraient bien de méditer là-dessus. Pourquoi voudriez-vous que Recep Tayyip Erdogan qui volent de succès en succès s’arrêtent là ? Alors que la Turquie ne cesse de menacer de s’en prendre aux ressources gazières de Chypre ou d’envahir des îles grecques, le temps est venu pour les Européens de tirer les leçons de ce qui vient de se passer dans le Caucase et d’exiger à leur tour que prenne fin l’occupation illégale d’une partie du territoire d’un État membre de l’Union européenne. Les Européens doivent se préparer à un conflit militaire avec la Turquie pour la défense de Chypre et des îles grecques menacées par Ankara. Si les Européens ne bougent pas ils enverront un signe de faiblesse terrible et c’est la Turquie qui finira par bouger, comme en Libye ou dans le Caucase, et qui mettra les Européens devant le fait accompli.

Lolicus

(*) La république autoproclamée du Nagorny Karabakh est considérablement amoindrie mais survit. Du moins provisoirement. Si l’Azerbaïdjan ne récupère pas l’ensemble de la province, celle-ci se retrouve désormais encerclée à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud par des territoires repassés sous contrôle azerbaïdjanais. Les troupes russes garantes de l’accord de paix seront présentes pour sécuriser le seul lien qui maintien le contact de la province avec l’Arménie : le corridor de Latchin, large de 5 km. Le statut de cette enclave arménienne au cœur de l’Azerbaïdjan restant à définir.